Răspunde la: Lumea BD – Corespondente

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#1516
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La nouvelle bande des cinés
Apres Marjane Satrapi et son “Persepolis”, d’autres dessinateurs, comme Joann Sfar ou Lewis Trondheim, adaptent leur travail a l’écran. Entre les deux formes de création, une idylle est née.

Un jour, Le Chat du rabbin a avalé un perroquet. Depuis, il parle. Cinq tomes de savoureuse palabre philosophique, au creux des années 30, d’Alger en Ethiopie, de la poussiere des villes a celle du désert. Le félin ***é ne cesse de causer, de Dieu, de la folie des hommes, avec son maître, avec un grand lion sentimental, avec un serpent plein de mortelle compassion… Mais cette fois, c’est différent. Il va parler, et on va l’entendre. Le voir étirer sa curieuse silhouette sur grand écran. Une aventure animée que Joann Sfar, auteur de la bande dessinée, s’apprete a conduire lui-meme. L’annonce a ete faite pendant le dernier festival de Cannes, alors que Marjane Satrapi présentait en compétition officielle l’adaptation de sa propre BD, Persepolis, coréalisée avec Vincent Paronnaud. Sfar et Satrapi se connaissent bien, ils ont été révélés par le meme éditeur, L’Association, emblématique de cette fameuse “nouvelle bande dessinée”, qui, depuis les années 90, a vivifié et réinventé le genre. Voila que la meme année, ils viennent au cinéma. Et dans des conditions a faire pâlir beaucoup de réalisateurs chevronnés. Pour son grand projet, Sfar dispose d’un budget de 15 millions d’euros. Quant a Satrapi, elle a atteint la consécration du premier coup. Prix du jury, Persepolis est le premier dessin animé récompensé a Cannes depuis Dumbo en 1947. Et un vrai succes populaire.

Mais ces deux-la ne sont pas les seuls de leur génération a avoir sauté le pas. Blutch (Sunnymoon…, Waldo’s Bar) participe en ce moment a un film d’animation collectif tres attendu et tres mystérieux, dont seul le titre est connu: Peur(s) du noir. Riad Sattouf (Pascal Brutal, No sex in New York) travaille a l’adaptation pour le cinéma de Retour au college, sa caustique chronique de l’adolescence. Quant a Lewis Trondheim (Lapinot et les carottes de Patagonie, Les Petits Riens, Ile Bourbon 1730…), il déborde de projets et rédige, entre autres, le scénario d’Allez raconte, long métrage inspiré de la série qu’il a cosignée avec José Parrondo. Si les ponts entre bande dessinée et cinéma existent depuis longtemps, ils n’ont jamais paru aussi fréquentés, aussi engageants. Il faut dire que cette pépiniere d’auteurs prolifiques représente une vraie aubaine pour le milieu du cinéma. “La bande dessinée est le domaine narratif le plus libre actuellement, et donc le plus riche, affirme Lewis Trondheim. Alors forcément, les producteurs viennent y piocher des talents.” Joann Sfar analyse cet engouement: “Pour les gens de l’audiovisuel, ces histoires-la ont déja fait leurs preuves aupres d’un public. Le Chat du rabbin était une étrangeté quand il est apparu ; maintenant, il a assez de crédit pour qu’on me donne les moyens de bien le faire.”

Mais on ne décide pas a la légere de faire bouger ses personnages, de les partager avec une équipe, bref, de leur faire subir, mine de rien, une révolution. “Il y a un gros travail de deuil, explique Trondheim, qui a déja une longue expérience de l’animation pour la télévision. Il ne faut pas paraphraser mais transformer. Les dialogues ne sonnent pas pareil selon qu’ils sont écrits ou prononcés. Les scenes d’action peuvent devenir fades. Et il y aura encore des modifications dues a l’animation, a la voix des acteurs, a la réalisation, etc. Chacun va vouloir mettre sa touche. Parfois, la mayonnaise prendra, parfois non. Difficile de gérer un tel travail de groupe.” Quasi impossible pour Manu Larcenet (Le Combat ordinaire, Retour a la terre, Nic Oumouk): “En BD, c’est moi qui décide de tout, du premier jet a la mise en couleurs. Le cinéma, c’est un art du compromis, et ça, je n’y arrive pas. J’adorerais en faire mais il faudrait que je sois tout seul…”

Autre dilemme: choisir entre l’animation et la prise de vue réelle. Diriger un film avec de vrais comédiens ? “Plutôt me faire couper les fesses par un trancheur a jambon !” s’exclame Lewis Trondheim. Moins radical, Christophe Blain aurait adoré voir son Isaac le pirate en chair et en os: “On m’avait proposé d’en faire un film stylisé, façon Jean-Christophe Averty. Malheureusement le projet ne s’est pas monté…” Pour Le Chat du rabbin, actuellement en préproduction, Sfar a tranché, lui, en faveur de l’animation: “La BD est déja une maniere de tordre le dessin. Ça m’intéresse de le tordre aussi vers le mouvement, de le faire parler.” Il s’apprete ainsi a mettre en œuvre des partis pris bien a lui: “Des dessinateurs iront en Afrique, sur les traces du chat, pour remplir leurs carnets de croquis. Et ce sera l’un des seuls dessins animés a bénéficier du concours d’un chef opérateur, qui nous dira où placer la caméra. Ça peut sembler absurde en animation, mais dans Le Chat du rabbin, la référence au cinéma est constante, qu’il s’agisse de Pépé le Moko, de Casablanca, ou d’œuvres plus modernes comme Halfaouine, l’enfant des terrasses. Je voudrais que ce soit un vrai spectacle cinématographique. Car dans la BD, toute notre imagerie est façonnée par le cinéma. Pour chacun de nos albums, on pourrait citer dix références.” Mais etre influencé par le cinéma ne signifie pas tenter de l’imiter. Le cinéma est un faux ami, selon Sfar. “L’idée que dans l’image il y a un avant-plan et un arriere-plan est incompréhensible pour un dessinateur. Nous, on trace tout avec la meme ligne…” Lewis Trondheim renchérit: “De nombreux auteurs font des albums en “singeant” le cinéma. En fait, ils ne font qu’imiter des story-boards, ou du roman-photo dessiné.”

C’est autrement, donc, que cette génération-la convoque le septieme art dans ses pages. Riad Sattouf évoque Fellini ou Rob Reiner, mais aussi les voix de doublage françaises des années 70-80: “Quand je fais une BD, j’essaie de faire résonner dans ma tete les timbres d’acteurs comme Francis Lax [comédien de doublage, la voix de Hutch dans Starsky et Hutch]. Pour le personnage de Pascal Brutal, j’imaginais ce que dirait une voix off dans un vieux film postapocalyptique: “Le fûtûr, un mooonde d’une vio-lence insoup-çon-née…”“ Manu Larcenet, inconditionnel des Monty Python, David B. (L’Ascension du Haut Mal), fou de Melville, Christophe Blain (Gus), épris de western classique, avouent aussi travailler sous influence. “Ils ont une culture cinématographique impressionnante”, confirme Sophie Quetteville, libraire au MK2 Quai de Loire, qui propose une fois par mois, en partenariat avec Dargaud, “Ciné BD”, un rendez-vous original: “On demande a des auteurs qui ont une actualité en BD de choisir un film en lien avec leur album, ou plus largement avec l’esprit de leur travail.” Et avant la projection, l’auteur explique au public son choix, tandis que les planches de sa BD s’affichent sur grand écran. Pour que les noces du cinéma et de la BD aient meme leur album faire-part, Joann Sfar s’en est allé “croquer” le dernier festival de Cannes: Croisette paraîtra a l’automne. Sur place, Sfar a adoré Les Chansons d’amour, de Christophe Honoré: “On a un point commun: il vient du livre, moi de la BD. Je vois toujours d’un bon œil les littéraires qui s’approprient l’image.”
Cécile Mury