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Dans les arts émergents, les frontieres sont en train de vaciller

FORUM DE L’EUROMÉTROPOLE + INTERVIEWBenoît Peeters, scénariste de BD, décrispe le débat sur “la culture pour tous”

”La culture pour tous, revons encore !” Samedi, lors du dernier jour du Forum de Lille, Libération a choisi un titre de conférence teinté d’idéalisme désabusé. Benoît Peeters, auteur, éditeur, mais aussi scénariste de bande dessinée, invité au débat, semble lui, y croire encore. La culture a certes perdu en reconnaissance, mais des formes émergentes de création participent aujourd’hui a la renouveler.

Vous évoquez un “effondrement de la valeur culture” Quelles en sont les causes?
Aujourd’hui, etre cultivé n’est plus un avantage en terme d’emploi. Nous assistons a une sorte de dévalorisation de la culture. L’idée d’un bénéfice économique automatique lié au capital culturel a disparu. Plus encore, la culture est devenue objet de dédain. Au sein des classes dominantes, certains se piquent de tres bien réussir sans etre passés par la case culture. La remarque du président Sarkozy sur La Princesse de Cleves est symptomatique de cette évolution. Derriere, il y a l’idée que la culture est non seulement ridicule, mais inutile. La culture a aussi souffert des coups portés par la théorie, notamment celle de Bourdieu et de la distinction, qui la décrit, non plus comme quelque chose qui relie, qui crée des passerelles, mais comme un outil insidieux de domination et d’exclusion. Ce discours, tout pertinent soit-il, a eu des conséquences pernicieuses, a long terme. Il a mis a mal l’idée que l’on se faisait de la culture comme étant un bien partagé, une valeur fédératrice. On s’est éloigné de l’ancien modele, celui d’Albert Camus. Celui aussi d’Annie Ernaux, écrivain issue d’un milieu défavorisé, accédant a une vie autre par l’école.

Y-a t-il un lien entre la perte de valeur de la culture et son accessibilité?
La démocratisation culturelle a remplacé le modele de la culture pour tous. Démocratisation non seulement des publics, mais aussi de l’idée meme de culture. Cette évolution a été tres vivement combattue par ceux qui critiquent l’effet de nivellement et défendent la “grande culture” qui serait menacée par les arts émergents. Contrairement a cette vision crispée, je crois qu’il faut plutôt en voir la face positive : le mot de création se substitue aujourd’hui au mot de culture, la frontiere entre créateurs et consommateurs a été secouée, tout comme celle entre amateurs et professionnels.

Est-ce a dire, qu’aujourd’hui, tout le monde peut etre créateur?
Il n’y a pas une caste qui est vouée a créer, puis a transmettre aux publics ce qui aurait été produit et légitimé. La frontiere entre le professionnel et l’amateur tend a etre plus fragile. Rappelons pour exemple que Julien Gracq, un des plus grands auteurs français du XXe siecle, n’a jamais été un écrivain au sens professionnel. Il exerçait le métier de professeur. Il y a aussi de grands chanteurs qui sont des amateurs. Ce mot est parfois considéré comme séparé de façon ontologique de la vraie création. On opere une distinction entre le sympathique théâtre amateur, d’une part, qui permet aux jeunes de s’exprimer, et le vrai théâtre d’autre part. Mais quand on applique ce critere a d’autres domaines comme la poésie ou la littérature, on voit bien qu’il est ridicule. Dans les arts émergents, les frontieres sont en train de vaciller. En bande dessinée, on le sait bien. Il n’est pas nécessaire d’etre sorti d’une grande école pour etre un auteur. Il faut simplement du talent, de l’énergie et un projet qui tient la route. Une des auteures les plus populaires aujourd’hui, Marjane Satrapi, est d’ailleurs une amatrice entrée dans le dessin animée.

La bande dessinée justement, est-elle devenue un art a part entiere?
Le domaine a acquis un statut correct. Tout le monde s’accorde a dire qu’il a donné lieu a un certain nombre d’œuvres majeures. Ce qui ne veut pas dire que tout ce qui concerne la bande dessinée est de l’art. Entre une représentation monolithique dépassée de la grande culture et le péril du tout culture, il faut une troisieme voie. Celle de l’exigence. Je crois que désormais, les frontieres ne passent plus entre les domaines mais a l’intérieur de ceux-ci. Il ne faut pas forcément valoriser les arts de la rue, le hip hop, la vidéo, la bande-dessinée, en tant que tel, mais se dire que dans chacun de ces domaines, il peut y avoir des choses remarquables, exigeantes, des arts intermédiaires qui apparaissent. Par ailleurs, pour les formes émergentes de création, la légitimation peut avoir des effets pervers et se payer par une perte de nécessité ou de radicalité. Je pense notamment au post street art qui, en entrant dans la galerie et en se vendant, prend le risque de devenir un pastiche. Cet aspect tangent est aussi vrai pour la bande dessinée. Sa reconnaissance dans les médias, dans les galeries d’exposition, les musées pourrait lui faire perdre sa vitalité spontanée.
Amandine CAILHOL

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