Re: Mircea Arapu: intalnirea cu Pif, la Bucuresti si la Paris

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_Maxim_Maxim
Participant

un petit conte pour les copains :

Comment j’ai connu Pif et ses amis et voulu les rejoindre
Nous sommes derriere le rideau de fer dans les années de guerre aussi froide que pouvaient etre les hivers de Roumanie, dans les années 50. Croyez-moi, c’était quelque chose: mes souvenirs des hivers de cette époque, c’était la neige dégagée sur le bord de la route qui dépassait facilement mon hauteur de l’époque, et ça n’était pas inhabituel.
Né dans une belle et grande maison a Bucarest, qui par la volonté de l’histoire et des alliés, ressemblait, pour mon jeune age et a mon ingénuité, plus a la pension Radicelle qu’a la demeure du Docteur Jivago, je découvrais Vaillant le journal le plus captivant.
C’est ma tante, la soeur de ma mere, avec l’air sévere de Mlle Radicelle qui surveillait de pres mon éducation, apres celle de mon frere aîné. Médecin, elle était prete a passer son métier apres notre bonheur. Elle avait réussi a donner a mon frere le gout pour la lecture et pour la langue française. Son arme la plus efficace était des grands et beaux albums, des recueils de Vaillant, le journal le plus captivant qu’elle dénichait dans l’arriere-boutique d’une petite librairie qui ne payait pas de mine. Et elle était prete a se battre, pour les avoir. Elle m’avait raconté comment, un jour, un de ses chefs, arrivé apres elle, essayait de les lui piquer. Je me l’imaginais volontiers, défendre héroiquement ces trésors à coups de parapluie. Bien fait !
Tout ce que je me souviens de cette époque éloignée, dans les années 50, ce sont les histoires joyeuses et colorées de Pif et de sa famille, de Placid et Muzo, de la Pension Radicelle et aussi les fantastiques aventures du petit fantôme, Arthur. Je dévorais tout ça du regard, plus que je ne lisais. En effet je n’avais pas encore appris a lire, mais m’immerger si tôt dans cet illustré au format aussi grand que moi, m’ouvrira un amour pour l’image sous toutes ses formes. Je garderai toujours en mémoire cette odeur de papier et d’encre qui ont longtemps bercé mon enfance.
Quelques années plus tard, au tout début des années soixante, je me rappelle notre facteur qui, dans son grand carton gris plié, lui servant de musette, accroché a son épaule par un cordon en cuir, nous apportait le courrier, mais surtout, chaque semaine, le journal Vaillant. Nous avions un lapin noir qui, tous les matins, nous rendait visite dans notre lit et semblait encore plus heureux, avec nous, les jours ou il participait a la cérémonie de la lecture du journal le plus captivant. La passion pour ces amis imaginaires et leurs aventures était devenue si forte que j’envisageai déja de les rejoindre. Je devais avoir quatre ans quand j’ai organisé une premiere tentative. J’ai prémédité mon coup. Dans la maison, une petite valise de la taille d’un attaché-case, avait pour moi la taille d’une vraie valise. Apres y avoir rangé l’essentiel: un oreiller et, comme le célebre Linus (des Peanuts), la couverture, je me suis paré de mes plus beaux attributs, mon beau costume pour les-dimanches-et-jours-de-fete, un tres beau costume marron en velours rayé, un deux-pieces: veste et pantalons courts. J’étais tout fier dedans, ça me changeait des vieux vetements de bébé que je portais ces dernieres années. Il était pour moi entendu que les amis que je voulais rencontrer se trouvaient quelque part a Paris. Et Paris, pour moi, était un endroit suffisamment éloigné, ou l’on se rendait forcément en train. Et pour prendre le train, c’était entendu, je devais me rendre a la grande gare, la Gare du Nord de Bucarest. Et pour parvenir a cette fameuse gare, il y avait un moyen tres fiable, c’était la ligne de bus numéro 33 (comme chez le médecin). Et ce bus se trouvait, je le savais, au coin de ma rue, limite de mon univers connu et exploré. Cela ne m’empechait nullement de partir d’un pas joyeux, en sifflotant aussi peut-etre, pour me rendre a l’arret du bus. Heureusement, pour mon existence et aussi, je l’espere, pour le plaisir que vous pouvez éprouver aujourd’hui a me lire, une autre tante, car j’en comptais beaucoup plus a l’époque, m’intercepta et me poussa gentiment a regagner mon domicile. Cette drôle d’histoire, somme toute avec une belle fin, ma toute premiere aventure dans le monde de la bande dessinée, une bonne dizaine d’années plus tard, me faisait avoir une excellente note en français, pour une composition libre sur le theme, un peu bateau, je vous l’accorde, du plus beau jour de ma vie. Mais ce qui est encore plus impressionnant, c’est que vingt ans plus tard, je me rendais a la rédaction de Pif Gadget, pour trouver du travail.
(a suivre)